Dihya

Théâtre musical / Monde / Berbère

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Site :  compagniedassyne.fr

Metteur en scène : Sophia Kaghat-Danane

Production : Mix et Métisse

Présentation détaillée du projet

Dihya est un conte franco-berbère-algérien, porté par les compagnies Dassyne et Istijmam. À mi-chemin, entre le théâtre populaire algérien et une approche occidentale et contemporaine, Dihya ouvre une porte dans un imaginaire métissé entre musique, parole et théâtre. On ne naît pas homme ou femme, on le devient. On apprend a trouver une place, à comprendre l’espace qui nous entoure, à déposer les carapaces pour en construire d’autres. On forge au gré des expériences, des choix et des actes, une identité. Mais de quelle manière ? Qu’est-ce qui construit notre singularité, face aux autres dans sa dimension sociale et au plus intime de nous-mêmes ? Dihya s’ouvre sur une vieille femme et se referme sur une jeune adulte… et traverse l’identité dans sa temporalité, dans son intimité, dans ce mouvement permanent que chaque homme ou femme opère pour contourner les frontières déposées par les générations, pour s’affranchir du poid des mémoires ancestrales, dans une quête fragile de subjectivité. Dihya trace le chemin initiatique d’une femme, ses errances, ses questionnements, ses maladresses, ses espoirs, dans une esquisse sensuelle et poétique d’un vécu mouvant de féminité qui parle au féminin et au masculin.

L’art naît de la fascination de l’insaisissable, de la volonté d’arracher les formes au monde que l’homme subit, pour les faire entrer dans celui qu’il gouverne. André Malraux.

 

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LE CONTE

Dihya est une réflexion sur le mode de narration théâtral, sur la façon de transmettre et de créer autour de la culture Algérienne, de s’adresser à un large public, d’aborder avec des mots simples des sujets de société parfois complexes. Dans l’Afrique de la Numidie et particulièrement dans la culture berbère, l’oralité et le conte prennent une grande place dans la transmission de l’histoire collective et dans la dynamique populaire.

Le conte musical s’est donc imposé comme le support le plus propice à notre propos. Il permet de franchir les limites du réel, de stimuler l’imaginaire, de mélanger les formes de narration (musicales, corporelles, vocales) et d’aborder des problématiques avec une sensibilité nouvelle que tout spectateur peut s’approprier. Le conte fait également référence à un patrimoine culturel populaire, à la mémoire, partagé par un public de tous les âges et toutes les catégories socio-culturelles. Il rappelle le lien qui lie l’enfance au monde adulte, le mythe au réel, le dicton à la dramaturgie. Le conte traverse le monde réel, les maux, les joies, les choix, les ambivalences en y insufflant des accents de poésie, de sensualité, de légèreté, de magie.

L’utilisation du patrimoine culturel populaire dont l’objectif principal est de déboucher sur un genre théâtral ayant l’impact le plus fort sur notre spectateur. Abdelkader Alloula 

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DE L’ORALITÉ À L’IMPROVISATION

Dans la tradition théâtrale algérienne, le conteur ou Goual, utilise les réactions spontannées du public, afin de rebondir sur le contenu narratif et dramatique de l’histoire. Les émotions et les comportements du public sont intégrées et utilisées pour ajuster la rythmique et le déroulement de l’histoire. Chaque représentation est singulière et résonne avec le réel, le contexte géo-politique, social et les préoccupations des spectateurs.

L’improvisation et la prise de distance par rapport au texte prendront donc une place très importante dans la mise en scène. L’écoute, le ressenti, l’adaptation, l’appropriation des questionnements par les comédiens, la suggestivité seront les fils conducteurs développés dans la mise en scène.  Une vision démocratique et originaire du travail théâtral, où l’acteur est créateur, le public est catalyseur. Il s’agit de partager cette aventure dans une grande sensibilité et ouverture propice au voyage et à l’échange. Le conte, l’improvisation, les tressaillements des corps, le mouvement, la justesse des émotions, permettent d’exacerber les ambiguités, de faire vibrer les divergences, de rendre plus présentes, plus proches, plus rugueuses les ambivalences des personnages.

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D’UNE LANGUE À L’AUTRE

Le travail de Nurith Aviv sur la langue maternelle et la traduction (cf documentaire D’une langue à l’autre) a fait émerger l’envie de questionner la place de la langue dans l’approche théâtrale. Les comédiens et les deux metteurs en scènes partagent une sensibilité commune autour de la culture algérienne et berbère et sont bilingues ou trilingues (français, arabe, berbère). Il nous a paru intéressant de faire travailler les comédiens à partir de leur langue maternelle et sur la transmission des émotions dans une ou l’autre des langues.

Dire, conter dans la langue maternelle renvoie le comédien à une sensation vicérale, enracinée dans un vécu émotionnel complexe et pluriel. La traduction, la translation dans une autre langue peut trahir et transfigurer l’intention initiale, rendre les mots édulcorés, renvoyer le comédien et le spectateur dans une perception fausse “foklorique-exotique” de la narration.

Aborder la question de la langue soulève aussi la question des minorités et de leur place dans la représentation. Comment parler de la culture arabe, si celle-ci est joué et raconté dans une troisième langue, nécessitant une traduction, une simplification ou modification de la pensée et de l’imaginaire original ? La question s’entend également auprès du spectateur et sur la capacité de chacun à ressentir et comprendre le contenu au delà de la langue à rencontrer l’autre dans son altérité, de comprendre l’autre au delà de sa singularité.

Parce que de leur bouche à notre oreille, ils témoignent, et leurs paroles font écho. Nurith Aviv

 

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MUSIQUE

De façon traditionnelle, la musique accompagne la narration, ponctue et raconte l’histoire à un second niveau. La mélodie, le chant, les instruments rythment la narration et ouvrent un autre champ sensoriel.

L’objectif est de permettre au spectateur de découvrir la musique traditionnelle algérienne tels que le Châabi, l’Arabo-andalous, le Gnawa en les métissant à des courants musicaux puis occidentaux.

La musique est omniprésente dans la vie quotidienne des Algériens. Elle est transmise à l’oreille et accompagne les différents moments de vie (mariage, baptême, décès…), marque les émotions du peuple et permet aux différentes classes socio-économiques de se retrouver dans des espaces communs.

Le conte musical est une forme de “parole publique ancestrale” qui a toujours permis de conseiller, de rompre les non-dits, de soulever les problématiques, de réconcilier… la parole et la musique y ont été toujours associés, à la manière d’un chœur antique donnant voix aux diverses émotions des personnages

Les comédiens sont donc choisis pour leur double compétence d’acteur/musicien, sur leur connaissance du répertoire traditionnel et sur leur capacité à mélanger différents styles musicaux. Gombri, Mandole, Guitare, Percussions, flûte traversière, piano, flûte irlandaise accompagneront Dihya.